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Quels liens existent entre le décret tertiaire et les objectifs de développement durable?

11 min de lecture ·Mis à jour le 24 mars 2025 ·Par la rédac WTRNS
Quels liens existent entre le décret tertiaire et les objectifs de développement durable?

Le décret tertiaire est avant tout une obligation française de réduction des consommations d’énergie dans les bâtiments à usage tertiaire. Mais son intérêt dépasse la seule conformité réglementaire : il fournit un cadre concret pour faire progresser plusieurs objectifs de développement durable (ODD), notamment l’efficacité énergétique, la décarbonation, la sobriété des ressources et la qualité des espaces de travail. Comprendre ce lien permet de piloter un patrimoine immobilier avec des indicateurs mesurables, plutôt que de se limiter à des engagements RSE déclaratifs.

Décret tertiaire : ce qu’il impose réellement

Issu de la loi ELAN et précisé par le décret n° 2019-771 du 23 juillet 2019, le dispositif Éco Énergie Tertiaire, souvent appelé décret tertiaire, s’applique aux bâtiments, parties de bâtiments ou ensembles de bâtiments hébergeant des activités tertiaires sur une même unité foncière, lorsque la surface cumulée concernée atteint au moins 1 000 m².

Sont notamment concernés les bureaux, commerces, hôtels, établissements de santé, établissements d’enseignement, administrations, entrepôts logistiques comportant des surfaces tertiaires significatives, équipements sportifs ou encore bâtiments culturels. L’obligation ne porte donc pas sur le seul immobilier de bureau.

Les assujettis doivent réduire leurs consommations d’énergie finale. Deux méthodes de référence sont prévues :

  • une réduction de la consommation par rapport à une année de référence située entre 2010 et 2019 : -40 % en 2030, -50 % en 2040 et -60 % en 2050 ;
  • l’atteinte d’une valeur cible absolue, exprimée notamment en kWh d’énergie finale par m² et définie selon la catégorie d’activité, la zone climatique et certains usages.

Les données de consommation doivent être déclarées chaque année sur la plateforme OPERAT de l’ADEME, généralement avant le 30 septembre de l’année suivant celle des consommations. La plateforme délivre ensuite une attestation numérique, utile pour suivre la trajectoire, échanger avec un bailleur ou un locataire, et documenter une politique immobilière durable.

Le propriétaire et l’occupant sont tous deux concernés, selon leurs responsabilités respectives. En pratique, le propriétaire pilote les actions liées à l’enveloppe du bâtiment, aux équipements communs et aux investissements structurants ; le preneur agit sur les usages, les équipements exploités et l’organisation de son activité. Le bail doit donc répartir clairement les données à fournir, les travaux, les dépenses et les objectifs.

Pourquoi le décret tertiaire rejoint les objectifs de développement durable

Les 17 objectifs de développement durable ont été adoptés par les Nations unies dans le cadre de l’Agenda 2030. Ils ne constituent pas, en eux-mêmes, une réglementation française applicable aux entreprises. Le décret tertiaire, lui, est juridiquement contraignant pour les assujettis. Le lien entre les deux est donc un lien de contribution concrète, et non une équivalence : respecter le décret ne signifie pas automatiquement qu’une organisation « atteint les ODD ».

Cette contribution est néanmoins directe. Le secteur du bâtiment représente une part importante des consommations d’énergie et des émissions indirectes associées à l’exploitation immobilière. Réduire les besoins de chauffage, de refroidissement, d’éclairage, de ventilation et d’équipements informatiques permet généralement de diminuer les consommations, les coûts d’exploitation et l’exposition à la volatilité des prix de l’énergie.

Le décret tertiaire introduit aussi une logique qui correspond à la gouvernance durable : mesurer une situation initiale, fixer une cible, mettre en œuvre un plan d’action, vérifier les résultats annuellement et corriger les écarts. Cette discipline de pilotage est particulièrement utile pour les directions immobilières, RSE, financières et achats qui doivent démontrer l’effet réel de leurs décisions.

Les ODD les plus directement concernés

Objectif de développement durableLien avec le décret tertiaireIndicateurs immobiliers utiles
ODD 7 – Énergie propre et d’un coût abordableLe décret vise une baisse durable des consommations d’énergie finale et encourage l’efficacité énergétique.kWhEF/m²/an, consommation par usage, part d’énergie renouvelable, puissance appelée.
ODD 11 – Villes et communautés durablesLa rénovation et l’exploitation sobre des bâtiments améliorent la résilience et la performance du parc bâti.Performance énergétique des sites, taux de rénovation, confort d’été, surfaces rénovées.
ODD 12 – Consommation et production responsablesLa démarche privilégie la réduction à la source, le suivi des usages et la maintenance plutôt que le gaspillage énergétique.Consommations évitées, plan de maintenance, durée de vie des équipements, achats responsables.
ODD 13 – Mesures relatives à la lutte contre les changements climatiquesUne moindre consommation réduit en général les émissions associées à l’énergie consommée, selon le mix énergétique utilisé.tCO2e liées à l’énergie, kWh évités, trajectoire carbone du patrimoine.
ODD 9 – Industrie, innovation et infrastructureLe pilotage énergétique favorise l’automatisation, le comptage, la régulation et la modernisation des systèmes techniques.Taux de télérelève, sous-comptage, gestion technique du bâtiment, rendement des équipements.
ODD 3 – Bonne santé et bien-êtreDes travaux bien conçus peuvent renforcer le confort thermique, la qualité de l’air intérieur et la maîtrise des surchauffes.Température intérieure, incidents de confort, qualité de l’air, taux de satisfaction des occupants.

L’ODD 13 mérite une nuance importante : le décret tertiaire vise les kWh d’énergie finale, pas directement les tonnes de CO2e. Un site qui réduit fortement sa consommation respecte mieux sa trajectoire énergétique, mais le gain carbone dépend aussi de l’énergie utilisée : électricité, gaz, réseau de chaleur, fioul ou autre vecteur. Pour une stratégie climat fiable, il faut donc suivre à la fois les kWh et les émissions associées.

Objectif relatif ou valeur absolue : deux voies de conformité

Le choix entre les deux méthodes doit résulter d’une analyse des données historiques, de l’activité réelle du site et des valeurs réglementaires applicables. Il ne suffit pas de retenir l’option qui paraît la plus facile sur le papier : la plateforme OPERAT évalue la situation au regard des règles prévues pour l’établissement.

Objectif relatif

Il consiste à réduire la consommation par rapport à une année de référence comprise entre 2010 et 2019. Cette approche est souvent pertinente lorsqu’un site disposait d’une consommation historique élevée et que les données sont fiables.

  • Cible 2030 : -40 % par rapport à la référence.
  • Intègre une logique de progrès par rapport au point de départ.
  • Nécessite de fiabiliser l’année de référence et les justificatifs.
  • Exemple : une consommation de référence de 500 MWh/an conduit, avant ajustements éventuels, à une cible de 300 MWh/an en 2030.

Valeur absolue

Elle consiste à atteindre un seuil réglementaire déterminé pour l’activité concernée. Cette option est souvent adaptée lorsqu’un bâtiment a déjà fait l’objet de rénovations, a peu de données historiques exploitables ou présente une activité comparable à des références sectorielles.

  • La cible dépend de l’usage du bâtiment et de sa zone climatique.
  • Elle associe un socle de consommation et une composante liée aux usages spécifiques.
  • Elle évite qu’une année de référence atypique pénalise l’établissement.
  • Elle impose de qualifier correctement les surfaces et les activités déclarées.

Dans les deux cas, certains ajustements ou modulations peuvent être pris en compte, notamment selon les variations climatiques, l’évolution du volume d’activité, des contraintes techniques, architecturales ou patrimoniales. Ces adaptations doivent être justifiées : elles ne dispensent pas d’une démarche de réduction réelle.

Transformer l’obligation réglementaire en démarche durable

La conformité devient un levier de développement durable lorsque les décisions ne se limitent pas à une déclaration annuelle. Une méthode efficace repose sur une chaîne d’action courte, documentée et pilotée.

  1. Cartographier le périmètre assujetti. Identifier les bâtiments, surfaces tertiaires, activités exercées, compteurs, propriétaires, occupants et contrats d’énergie. Une erreur de périmètre fausse ensuite tous les calculs.
  2. Fiabiliser les données. Rassembler les factures, télérelèves, index de compteurs et données de sous-comptage. Séparer autant que possible chauffage, froid, ventilation, éclairage, eau chaude, informatique et usages spécifiques.
  3. Établir un diagnostic des dérives. Repérer les consommations nocturnes, les plages de fonctionnement excessives, les consignes inadaptées, les défauts de maintenance, les surchauffes et les équipements obsolètes.
  4. Prioriser la sobriété avant les travaux lourds. Optimiser les horaires, les températures de consigne, l’extinction des éclairages, la régulation et la sensibilisation des occupants. Ces actions sont souvent rapides à déployer et permettent de mesurer le potentiel du site.
  5. Planifier les investissements. Dimensionner les travaux sur l’enveloppe, le chauffage, la ventilation, le refroidissement, l’éclairage LED, le pilotage et le comptage. Les arbitrages doivent intégrer la performance, le confort, les émissions, la maintenabilité et le coût global.
  6. Suivre et communiquer sans surpromettre. Comparer les résultats à la cible, expliquer les écarts et publier des indicateurs vérifiables. Une baisse de consommation peut être valorisée dans un rapport RSE, à condition d’en préciser le périmètre et la méthode.

Un plan d’action cohérent associe généralement des mesures comportementales, des réglages techniques, de la maintenance préventive et des travaux. Installer un équipement performant sans revoir les usages ou les consignes limite souvent les gains attendus. À l’inverse, une simple baisse de consommation liée à une diminution temporaire d’occupation ne constitue pas nécessairement une performance structurelle.

Coûts, financements et retour sur investissement

Il n’existe pas de budget universel pour se conformer au décret tertiaire. Le coût dépend de la surface, de l’état du bâtiment, de l’énergie utilisée, du niveau de sous-comptage, de l’occupation et des travaux déjà réalisés. Pour un site simple, un diagnostic ou une étude énergétique peut représenter quelques milliers d’euros ; pour un patrimoine complexe ou multi-sites, le budget d’audit, de collecte de données et d’assistance au pilotage peut être nettement supérieur.

Les actions de sobriété et de réglage ont souvent un coût limité, tandis que le remplacement d’une production de chauffage ou de froid, l’isolation d’une enveloppe ou une rénovation globale exigent des investissements significatifs. La bonne comparaison n’est pas seulement le prix des travaux : elle doit inclure les économies d’énergie, les coûts de maintenance, le confort, le risque d’obsolescence, la valeur locative et les coûts évités liés à une non-conformité.

Selon les opérations et les périodes, des aides peuvent être mobilisables : certificats d’économies d’énergie, aides locales, dispositifs de l’ADEME, prêts ou solutions de financement. Les règles d’éligibilité évoluent fréquemment ; il faut donc vérifier les conditions avant de signer les devis ou de commencer les travaux. Dans de nombreux cas, la constitution du dossier doit intervenir avant l’engagement de l’opération.

Erreurs fréquentes et points de vigilance

  • Confondre consommation énergétique et bilan carbone. Les deux sont liés, mais ils ne se substituent pas l’un à l’autre.
  • Choisir une année de référence sans contrôle. Une année de travaux, de vacance exceptionnelle ou de données incomplètes peut être contestable et conduire à un mauvais pilotage.
  • Déclarer des surfaces ou activités imprécises. La qualification de l’activité influence directement l’analyse de l’objectif absolu.
  • Reporter les actions à 2029. Les travaux lourds nécessitent des études, des arbitrages, des autorisations et des budgets pluriannuels.
  • Oublier la répartition bailleur-locataire. Sans annexe environnementale ou clauses de coopération, l’accès aux données et la réalisation des actions deviennent difficiles.
  • Limiter la démarche à OPERAT. La déclaration est obligatoire, mais elle ne réduit aucune consommation sans plan d’action concret.

Le non-respect peut entraîner une mise en demeure, la publication du manquement et une amende administrative pouvant atteindre, en principe, 1 500 euros pour une personne physique et 7 500 euros pour une personne morale. Au-delà de la sanction, l’enjeu principal reste financier et immobilier : un actif énergivore coûte plus cher à exploiter, devient plus vulnérable aux exigences des occupants et peut nécessiter des travaux plus brusques à l’approche des échéances.

FAQ

Le décret tertiaire concerne-t-il toutes les entreprises ?

Non. Il concerne les bâtiments, parties de bâtiments ou ensembles de bâtiments abritant des activités tertiaires lorsque la surface de plancher cumulée est égale ou supérieure à 1 000 m² sur une même unité foncière. Une petite entreprise peut donc être concernée si elle occupe un grand site, tandis qu’une entreprise plus importante peut ne pas l’être sur un établissement de faible surface.

Quels ODD sont les plus liés au décret tertiaire ?

Les liens les plus directs concernent l’ODD 7 sur l’efficacité énergétique, l’ODD 11 sur les bâtiments et villes durables, l’ODD 12 sur les modes de consommation responsables et l’ODD 13 sur l’action climatique. L’ODD 9 et l’ODD 3 peuvent aussi être concernés grâce à la modernisation des équipements et à l’amélioration du confort intérieur.

Le respect du décret tertiaire suffit-il à rendre un bâtiment bas carbone ?

Non. Le décret mesure avant tout la réduction des consommations d’énergie finale. Pour évaluer le caractère bas carbone d’un bâtiment, il faut aussi analyser les émissions liées aux énergies consommées, les fluides frigorigènes, les travaux, les matériaux et, selon le périmètre retenu, d’autres émissions indirectes.

Un locataire ou un propriétaire doit-il déclarer sur OPERAT ?

Les deux parties peuvent être impliquées. Le propriétaire est généralement responsable des éléments liés au bâtiment et à ses équipements communs ; l’occupant détient souvent les données relatives à ses consommations et à son activité. Le bail doit organiser le partage d’informations et la répartition des actions, sans faire disparaître l’obligation réglementaire.

Comment réduire rapidement la consommation d’un bâtiment tertiaire ?

Les premiers leviers sont habituellement le réglage des températures, l’adaptation des horaires de chauffage, de ventilation et d’éclairage, la détection des consommations permanentes, l’entretien des équipements, le pilotage technique et la sensibilisation des occupants. Un sous-comptage fiable est indispensable pour vérifier les économies obtenues.

Que se passe-t-il si l’objectif 2030 n’est pas atteint ?

L’assujetti doit pouvoir démontrer les actions engagées et renseigner ses données dans OPERAT. En cas de non-respect des obligations, l’administration peut mettre en demeure, rendre public le manquement et prononcer une sanction administrative. Anticiper les travaux et suivre les résultats chaque année reste la meilleure manière de limiter ce risque.

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