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Quel est l’impact du tourisme sur l’environnement à Zanzibar?

12 min de lecture ·Mis à jour le 16 octobre 2024 ·Par la rédac WTRNS
Quel est l’impact du tourisme sur l’environnement à Zanzibar?

Zanzibar attire pour ses plages, ses récifs coralliens, Stone Town et ses lagons turquoise. Mais cette beauté repose sur des écosystèmes fragiles, soumis à une pression croissante liée aux visiteurs, aux hôtels, aux transports et à l’urbanisation du littoral. L’impact du tourisme sur l’environnement à Zanzibar ne se limite donc pas aux déchets visibles sur une plage : il concerne aussi l’eau douce, les eaux usées, les coraux, les mangroves, le climat et la capacité des habitants à accéder durablement aux ressources locales. Voyager n’implique pas forcément de renoncer à la destination, mais impose de faire des choix mieux informés.

Pourquoi le tourisme pèse fortement sur Zanzibar

Zanzibar est un archipel semi-autonome de Tanzanie, composé principalement d’Unguja, souvent appelée Zanzibar, et de Pemba. Son économie dépend largement du tourisme, de la pêche, de l’agriculture et du commerce. Or, une grande partie de l’activité touristique se concentre sur des zones côtières étroites : Nungwi, Kendwa, Paje, Jambiani, Matemwe ou encore Stone Town. Cette concentration crée une pression locale bien plus forte que ne le laisserait penser la surface totale de l’archipel.

Le tourisme mobilise des ressources supplémentaires au moment même où les infrastructures ne suivent pas toujours le rythme de la fréquentation. Un hôtel consomme de l’eau pour les chambres, piscines, jardins, cuisines et blanchisseries ; il produit aussi des déchets et des eaux usées. Les restaurants, excursions marines, transferts routiers, vols internationaux et nouvelles constructions ajoutent des impacts indirects.

Il faut également distinguer deux réalités :

  • les impacts directement observables sur place : déchets, bruit, dégradation des plages, prélèvements d’eau, rejets d’eaux usées, ancrage sur les récifs ;
  • les impacts liés au voyage jusqu’à Zanzibar : surtout les émissions associées au transport aérien international, souvent très supérieures à celles des déplacements réalisés pendant le séjour.

Les principaux impacts environnementaux du tourisme

Une pression élevée sur l’eau douce

L’eau douce est une ressource vulnérable sur les îles. Zanzibar dépend largement des nappes souterraines et des infrastructures locales de distribution. Dans les zones touristiques, les besoins des hôtels peuvent augmenter fortement pendant la haute saison. Lorsque les prélèvements sont trop importants, les habitants peuvent subir des coupures, une baisse de pression ou une dégradation de la qualité de l’eau.

Le risque de salinisation est également important dans les zones littorales : lorsque les nappes phréatiques sont surexploitées, l’eau salée peut pénétrer dans les aquifères et rendre l’eau moins utilisable. Un complexe hôtelier qui pompe directement dans le sous-sol sans suivi sérieux peut donc avoir un effet qui dépasse largement ses propres limites.

Déchets plastiques et collecte insuffisante

Bouteilles, emballages alimentaires, sachets, pailles, produits jetables et déchets apportés par les marées finissent parfois sur les plages ou dans les villages. Le tourisme ne crée pas à lui seul cette pollution, mais il augmente les volumes de déchets dans des territoires où la collecte, le tri, le recyclage et le traitement ne sont pas toujours suffisants.

Les déchets non collectés peuvent être brûlés à l’air libre, enfouis de manière inadaptée ou emportés vers la mer. Le plastique se fragmente alors en microplastiques, qui menacent les poissons, les tortues, les oiseaux marins et, à terme, la chaîne alimentaire. Les opérations de nettoyage de plage sont utiles, mais elles ne remplacent pas la réduction à la source.

Eaux usées, pollution et qualité des lagons

Le traitement des eaux usées constitue l’un des enjeux les plus sensibles. Tous les hébergements ne sont pas raccordés à un réseau d’assainissement collectif performant. Une fosse septique mal entretenue, une évacuation insuffisamment traitée ou une implantation trop proche du littoral peuvent contaminer les nappes et les eaux côtières.

Les rejets riches en nutriments favorisent la prolifération d’algues et peuvent déséquilibrer les écosystèmes marins. Ils affectent aussi la qualité sanitaire de l’eau de baignade. Pour un hôtel, annoncer un système de traitement ne suffit pas : il faut idéalement pouvoir expliquer son fonctionnement, son entretien, le devenir des boues et les contrôles réalisés.

Récifs coralliens, herbiers et vie marine sous pression

Les récifs coralliens et les herbiers marins protègent les côtes, servent de nurseries à de nombreuses espèces et soutiennent la pêche artisanale. Ils subissent déjà le réchauffement des océans, les épisodes de blanchissement corallien, l’acidification et les tempêtes. Le tourisme ajoute des facteurs de stress locaux : piétinement des coraux, ancres jetées sur le récif, bateaux trop nombreux, nourrissage des animaux, collecte de coquillages ou baignade dans des zones sensibles.

Les excursions avec les dauphins, les tortues ou les requins-baleines doivent aussi être choisies avec prudence. La présence d’embarcations trop proches, les poursuites répétées ou la mise à l’eau d’un trop grand nombre de nageurs peuvent perturber les animaux. Une activité populaire n’est pas automatiquement une activité respectueuse.

Artificialisation du littoral et érosion

La construction de resorts, villas, routes, restaurants et infrastructures de loisirs transforme progressivement les côtes. Le défrichement de végétation, la destruction de dunes, l’imperméabilisation des sols et l’occupation de zones humides diminuent la capacité naturelle du littoral à résister aux tempêtes et à l’érosion.

Les mangroves méritent une attention particulière. Elles stockent du carbone, filtrent l’eau, amortissent les vagues et offrent un habitat essentiel à de nombreuses espèces. Leur recul au profit de projets immobiliers, d’accès privés ou d’aménagements côtiers fragilise l’ensemble du territoire.

ImpactComment le tourisme y contribueConséquence possibleRéflexe du voyageur
Eau doucePiscines, linge, jardins, chambres climatisées et forte consommation hôtelièreTension sur les nappes et salinisation côtièreChoisir un hébergement qui mesure et réduit sa consommation d’eau
DéchetsBouteilles, emballages, produits à usage unique, restauration à emporterPollution des plages et de l’océanUtiliser gourde, sac réutilisable et produits solides
Eaux uséesAugmentation des effluents sans traitement adaptéContamination de l’eau et prolifération d’alguesQuestionner l’hôtel sur son assainissement
Récifs et fauneExcursions mal encadrées, ancrage, piétinement, surfréquentationDégradation des habitats et dérangement des espècesPrivilégier les opérateurs avec règles de distance et bouées d’amarrage
LittoralConstruction et privatisation des espaces côtiersÉrosion, recul des mangroves et perte d’habitatsÉviter les établissements bâtis au détriment des zones naturelles

Le poids souvent sous-estimé du transport aérien

Pour un voyageur européen, le principal poste d’émissions du séjour est généralement le vol aller-retour. Ce constat ne signifie pas que les gestes sur place sont inutiles : ils sont essentiels pour l’eau, les déchets et les écosystèmes de Zanzibar. Mais il évite de croire qu’une gourde ou une compensation carbone annulent l’impact climatique d’un long-courrier.

Le bilan dépend de la ville de départ, des escales, du type d’appareil, du taux de remplissage et de la classe de voyage. En général, voyager en classe économique et éviter les itinéraires inutilement longs ou multi-segments limite l’impact par passager. Rester plus longtemps et réduire la fréquence des voyages lointains est souvent une démarche plus cohérente qu’enchaîner plusieurs courts séjours internationaux.

Les outils de calcul d’émissions proposés par des organismes comme l’Organisation de l’aviation civile internationale peuvent donner un ordre de grandeur. Ils restent des estimations, pas un permis de polluer. Une contribution carbone sérieuse peut financer des projets vérifiables, mais elle ne remplace pas la réduction des émissions à la source.

Le tourisme peut-il aussi financer la protection de Zanzibar ?

Oui, mais seulement sous certaines conditions. Les revenus touristiques peuvent soutenir des emplois locaux, la restauration, les guides communautaires, les aires marines protégées, les initiatives de reboisement de mangroves et les activités de sensibilisation. Les droits d’entrée dans certains espaces naturels ou les excursions encadrées peuvent contribuer à la surveillance et à la conservation, à condition que les recettes soient effectivement redistribuées et gérées de manière transparente.

À l’inverse, un modèle fondé sur de gros complexes isolés, des importations massives et une consommation élevée de ressources peut laisser une part limitée des bénéfices dans l’économie locale tout en faisant peser les nuisances sur les habitants. Le tourisme durable ne se résume donc ni à une décoration en bambou ni à l’absence de paille en plastique : il concerne la gouvernance, les emplois, les achats locaux, l’eau, l’énergie et les déchets.

Un séjour utile à Zanzibar est un séjour qui dépense localement sans consommer les ressources locales plus vite qu’elles ne peuvent être renouvelées.

Comment choisir un hébergement et des activités plus responsables

Avant de réserver, cherchez des preuves concrètes plutôt que des formules vagues telles que « éco-lodge » ou « green hotel ». Une petite structure n’est pas automatiquement durable, et un grand hôtel peut réduire certains impacts s’il dispose d’équipements solides, d’un suivi public et d’une gestion rigoureuse. La taille compte, mais les pratiques comptent davantage.

Les questions à poser à un hébergement

  1. Comment l’eau est-elle obtenue et économisée ? Demandez s’il existe des compteurs, des réducteurs de débit, une détection des fuites, une récupération d’eau de pluie ou une réutilisation encadrée des eaux grises.
  2. Comment les eaux usées sont-elles traitées ? L’établissement doit pouvoir expliquer clairement son système, son entretien et son emplacement par rapport à la mer et aux puits.
  3. Que deviennent les déchets ? Recherchez l’élimination des bouteilles individuelles, le remplissage d’eau, le tri quand une filière existe, le compostage des biodéchets et la limitation des emballages.
  4. Quelle part de l’équipe et des achats est locale ? Les emplois décents, les guides locaux, la pêche et les produits agricoles achetés de manière responsable améliorent l’impact social et économique.
  5. Le projet a-t-il respecté les autorisations environnementales requises ? Un établissement sérieux ne devrait pas éluder cette question, surtout s’il est implanté près du littoral.

Séjour à forte pression

  • Resort isolé avec eau et énergie très intensives
  • Bouteilles jetables et buffet générant beaucoup de gaspillage
  • Excursions de masse sans limites de participants
  • Promesses écologiques sans données ni actions vérifiables
  • Peu de dépenses en dehors de l’établissement

Séjour mieux maîtrisé

  • Hébergement transparent sur l’eau, les déchets et l’assainissement
  • Station de recharge d’eau et réduction effective du jetable
  • Petits groupes avec guides formés aux règles marines
  • Activités locales respectant les saisons, distances et zones sensibles
  • Repas, artisanat et services achetés auprès d’acteurs locaux

Pour les sorties en mer, privilégiez les opérateurs qui utilisent des bouées d’amarrage plutôt que l’ancre sur les récifs, limitent le nombre de participants, briefent les clients avant la mise à l’eau et refusent de toucher, nourrir ou poursuivre les animaux. Si l’équipage ne donne aucune consigne environnementale, c’est un signal d’alerte.

Les bons gestes pendant un séjour à Zanzibar

  • Apportez une gourde et remplissez-la uniquement avec une eau dont la potabilité est confirmée par votre hébergement ou un point de recharge fiable. Ne réduisez pas votre sécurité sanitaire pour éviter une bouteille.
  • Refusez les produits jetables : sacs, mini-formats de toilette, gobelets, couverts et bouteilles lorsque des alternatives existent.
  • Économisez l’eau comme si vous viviez sur une île : douches courtes, serviettes réutilisées, climatisation réglée raisonnablement et signalement immédiat d’une fuite.
  • Ne marchez jamais sur le corail, même s’il semble mort. Gardez une flottabilité suffisante, ne prélevez aucun coquillage et évitez de remuer le fond marin.
  • Utilisez une protection solaire avec discernement : vêtements anti-UV, chapeau et ombre réduisent la quantité de crème nécessaire. Aucune mention marketing ne rend un produit totalement sans effet ; la priorité reste de ne pas se baigner couvert de produit fraîchement appliqué.
  • Respectez les marées et les activités locales. À marée basse, les herbiers et zones de culture d’algues sont des espaces de travail et des habitats vivants, pas de simples décors photographiques.
  • Ne donnez pas d’argent ou de nourriture aux animaux et ne participez pas à des activités impliquant leur manipulation, leur capture ou leur exposition forcée.

Règles locales, coûts et vigilance avant de réserver

La Tanzanie applique des restrictions importantes sur les sacs plastiques à usage unique. Les règles, exceptions et modalités de contrôle peuvent évoluer : avant le départ, vérifiez les consignes actualisées de votre compagnie aérienne, des autorités tanzaniennes et de votre représentation diplomatique. Le plus simple reste de ne pas voyager avec des sacs plastiques de transport inutiles.

Les constructions, activités marines et projets situés dans des zones sensibles peuvent être soumis à des autorisations environnementales. À Zanzibar, l’autorité compétente en matière d’environnement est la Zanzibar Environmental Management Authority. Un voyageur ne réalisera pas lui-même un audit réglementaire, mais il peut éviter de financer des structures manifestement installées sur des mangroves, des dunes fragiles ou des plages artificialisées de manière agressive.

Sur le plan budgétaire, un séjour plus responsable n’est pas toujours plus cher. Une gourde et les transports partagés peuvent réduire les dépenses. En revanche, une activité en petit groupe, un guide qualifié, une entrée dans une zone marine protégée ou un hébergement doté d’un traitement de l’eau fiable peuvent coûter davantage qu’une offre de masse. Ces surcoûts ne sont pas nécessairement abusifs : ils peuvent financer des salaires, des équipements, des limites de fréquentation ou la conservation. Comparez ce qui est inclus et demandez où va l’argent.

FAQ

Quel est le principal impact environnemental d’un voyage à Zanzibar ?

Pour un visiteur arrivant d’Europe ou d’une autre région lointaine, le vol international représente généralement la plus grande part des émissions climatiques. Sur l’archipel, les enjeux les plus urgents sont souvent l’eau douce, les déchets, les eaux usées et la protection des récifs.

Le tourisme détruit-il les récifs coralliens de Zanzibar ?

Le tourisme n’est pas la seule cause de dégradation : le réchauffement marin, le blanchissement des coraux, la pollution et certaines pratiques de pêche jouent aussi un rôle majeur. Mais les ancres, le piétinement, les rejets d’eaux usées et les excursions mal régulées aggravent la fragilité des récifs et réduisent leur capacité à se rétablir.

Faut-il éviter les hôtels tout compris à Zanzibar ?

Pas systématiquement. Le critère déterminant est la gestion réelle de l’eau, des eaux usées, de l’énergie, des déchets et des emplois locaux. Toutefois, un modèle très fermé peut limiter les dépenses dans les villages environnants. Alterner avec des restaurants, guides et artisans locaux permet de mieux répartir les retombées économiques.

Peut-on boire l’eau du robinet à Zanzibar ?

Les recommandations sanitaires varient selon les lieux et les réseaux. Demandez à votre hébergement quelle eau est potable et où remplir votre gourde en sécurité. Évitez de présumer que l’eau du robinet convient partout, mais refusez les bouteilles individuelles lorsqu’une station de remplissage contrôlée est disponible.

Les crèmes solaires dites respectueuses des récifs suffisent-elles à protéger la mer ?

Non. Ces mentions commerciales ne garantissent pas une absence totale d’impact. La meilleure approche consiste à couvrir la peau avec des vêtements anti-UV, à rechercher l’ombre, à appliquer la juste quantité de protection avant l’activité et à éviter de se baigner immédiatement après une application abondante.

Comment reconnaître un hébergement réellement durable à Zanzibar ?

Un établissement crédible fournit des informations précises : origine de l’eau, traitement des eaux usées, réduction des bouteilles plastiques, suivi des consommations, gestion des déchets, emplois locaux et règles appliquées aux activités marines. Les photos de décoration naturelle ou les slogans écologiques sans preuves ne suffisent pas.

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