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Les chaussures de sécurité : un équipement essentiel sur les chantiers ?

11 min de lecture ·Mis à jour le 21 août 2024 ·Par la rédac WTRNS

Les chaussures de sécurité : un équipement essentiel sur les chantiers ? Oui, dès lors que l’évaluation des risques met en évidence un danger de chute d’objet, d’écrasement, de perforation, de glissade, d’exposition à l’humidité ou de contact avec des produits agressifs. Elles ne sont pas de simples chaussures renforcées : elles constituent un équipement de protection individuelle conçu pour réduire des accidents fréquents et souvent graves. Encore faut-il choisir une paire réellement adaptée au poste, aux conditions du chantier et aux normes applicables.

Pourquoi les chaussures de sécurité sont indispensables sur un chantier

Le pied est particulièrement exposé dans les métiers du bâtiment, des travaux publics, de la logistique de chantier, de la maintenance et des espaces extérieurs. Il se trouve au niveau des matériaux entreposés, des outils au sol, des charges manutentionnées, des gravats, des flaques, des câbles et des engins.

Sur un chantier, un accident peut survenir en quelques secondes : une palette qui bascule, un parpaing qui tombe, une vis qui traverse une semelle usée, une glissade sur un sol boueux ou huileux, ou encore un pied coincé sous une charge. Une chaussure ordinaire ne répond pas à ces contraintes. Elle n’offre ni embout résistant aux chocs, ni semelle anti-perforation certifiée, ni niveau de résistance au glissement vérifié.

Une chaussure de sécurité correctement sélectionnée protège notamment contre :

  • la chute d’objets et l’écrasement des orteils ;
  • la perforation de la semelle par des clous, ferrailles, éclats métalliques ou débris ;
  • les glissades sur surfaces humides, poussiéreuses, grasses ou irrégulières ;
  • l’humidité, le froid, la chaleur de contact ou les projections, selon le modèle ;
  • les contraintes de marche prolongée, de station debout et de franchissement d’obstacles.

La protection n’est toutefois jamais absolue. Une chaussure à coque ne remplace pas les règles de manutention, le balisage, le rangement du chantier, les protections collectives ou la vigilance lors de la circulation des engins. Elle intervient comme une dernière barrière lorsque le risque ne peut pas être supprimé ou suffisamment réduit autrement.

Les risques réellement couverts par les chaussures de sécurité

Le terme « chaussure de sécurité » recouvre plusieurs niveaux de protection. Avant d’acheter ou de distribuer un modèle, il faut identifier les dangers dominants : manutention de charges, ferraillage, travail en intérieur sec, terrassement, couverture, voirie, travail à proximité d’eau, soudage ou intervention électrique.

Risque sur le chantierProtection à rechercherPoint de vigilance
Chute de matériaux ou écrasementEmbout de sécurité conforme à EN ISO 20345L’embout protège les orteils, pas le dessus du pied ni la cheville.
Clous, vis, ferrailles, débris au solSemelle anti-perforation P, PL ou PSLe niveau doit être choisi selon le type de pointe susceptible d’être rencontrée.
Sol gras, humide, poussiéreux ou inclinéSemelle à forte adhérence et marquage SR si nécessaireAucune semelle n’élimine totalement le risque sur un sol très contaminé.
Pluie, boue, béton frais, terrain détrempéTige résistante à l’eau ou chaussure avec protection WRUne chaussure S3 n’est pas automatiquement étanche en immersion.
Froid ou chaleurMarquages CI, HI ou HRO selon l’expositionCes protections sont spécifiques et ne sont pas incluses dans toutes les catégories.
Risque électrique ou atmosphère sensible aux décharges électrostatiquesSolution définie par l’analyse de risque : antistatique, ESD ou chaussure isolanteUne chaussure antistatique n’est pas une chaussure isolante contre le courant électrique.

Les chaussures avec embout de sécurité sont généralement choisies pour les chantiers car elles relèvent de la norme EN ISO 20345. Cette norme prévoit notamment une résistance de l’embout à un impact de 200 joules et à une compression de 15 kN dans les conditions d’essai. Cela ne signifie pas qu’il est possible de laisser tomber n’importe quelle charge sur son pied : la forme de l’objet, sa hauteur de chute, son arête et l’endroit de l’impact influencent fortement les conséquences.

Normes et marquages : comprendre EN ISO 20345

Le marquage apposé sur l’étiquette, la languette ou la documentation du fabricant permet de vérifier les caractéristiques de la chaussure. Pour les risques mécaniques du BTP, la référence principale est EN ISO 20345. Des produits conformes à l’ancienne édition EN ISO 20345:2011 peuvent encore être présents dans les circuits de distribution, tandis que l’édition EN ISO 20345:2022 introduit de nouveaux marquages, notamment pour la résistance à la perforation.

Les catégories les plus rencontrées sont les suivantes :

  • SB : exigences de base, avec embout de sécurité ;
  • S1 : protections de base complétées notamment par des propriétés antistatiques et l’absorption d’énergie au talon ; adapté aux environnements secs et propres ;
  • S1P : marquage courant selon l’ancienne nomenclature pour une chaussure S1 avec résistance à la perforation ;
  • S1PL ou S1PS : nouvelles désignations liées au niveau de protection de l’insert anti-perforation ;
  • S2 : niveau S1 avec tige offrant une meilleure résistance à la pénétration et à l’absorption d’eau ;
  • S3, S3L ou S3S : modèles généralement adaptés aux chantiers extérieurs, combinant résistance à l’eau de la tige, semelle anti-perforation et semelle à crampons ;
  • S6 et S7 : catégories intégrant une résistance à l’eau de la chaussure entière, avec un niveau de base proche respectivement de S2 et S3.

Les lettres complémentaires précisent des performances ciblées. A indique une chaussure antistatique, E l’absorption d’énergie au talon, SR une résistance au glissement testée, WR une résistance à l’eau de l’ensemble de la chaussure, CI une isolation contre le froid, HI une isolation contre la chaleur et HRO une résistance de la semelle à la chaleur de contact.

Pour la perforation, il convient de ne pas se limiter à l’expression commerciale « semelle anti-clou ». Les marquages PL et PS correspondent à des essais distincts : le niveau PS est notamment destiné à améliorer la protection contre des pointes plus fines. Le choix dépend des débris réellement présents sur le site. Un chantier de démolition ou de rénovation avec vis, clous et ferrailles fines impose une vigilance renforcée.

Quelle catégorie choisir selon les travaux réalisés

Il n’existe pas de chaussure universelle pour tous les métiers du chantier. La bonne démarche consiste à faire correspondre le modèle aux situations les plus exposantes, et non au seul intitulé du poste. Un maçon intervenant en intérieur, un couvreur sur toiture, un conducteur d’engin, un électricien et un opérateur de voirie n’ont pas les mêmes contraintes.

Pour les travaux de gros œuvre, terrassement et extérieur

Une chaussure montante ou une chaussure basse robuste de catégorie S3, S3L ou S3S est fréquemment pertinente lorsque le terrain est accidenté, humide et encombré. La tige doit résister aux projections et à l’abrasion, tandis que la semelle doit présenter des crampons suffisamment marqués pour évacuer boue et graviers. Une version avec membrane ou marquage WR est à privilégier si l’exposition répétée à l’eau est avérée.

Pour les travaux de second œuvre en intérieur sec

Des chaussures S1, S1P, S1PL ou S1PS peuvent suffire si le chantier est sec, entretenu et sans exposition durable à l’eau. Elles sont souvent plus légères et plus respirantes. La présence de vis, de pointes ou de chutes de matériaux impose néanmoins de conserver une semelle anti-perforation et un embout adaptés.

Pour les couvreurs, charpentiers et travaux en hauteur

L’adhérence, la stabilité et la souplesse de marche deviennent prioritaires. Une semelle trop épaisse ou trop rigide peut diminuer la sensation d’appui. Il faut vérifier la compatibilité de la chaussure avec les accès, les échelles, les échafaudages et les contraintes du plan de prévention. Le marquage LG, lorsqu’il est présent, signale une performance liée à la tenue sur échelle, mais ne remplace jamais les règles de travail en hauteur.

Pour les activités à risque électrique

Il faut distinguer trois notions souvent confondues. Une chaussure antistatique évacue certaines charges électrostatiques ; une chaussure ESD répond à des besoins spécifiques de maîtrise des décharges électrostatiques ; une chaussure isolante est destinée à protéger contre un risque électrique dans des conditions précisément définies. Pour une intervention sur ou à proximité d’installations électriques, le choix doit être validé par l’employeur selon la procédure de prévention applicable. Une chaussure EN ISO 20345 standard ne doit jamais être considérée, à elle seule, comme une protection contre l’électrisation.

Obligations de l’employeur et des salariés sur un chantier

En France, les chaussures de sécurité ne sont pas systématiquement obligatoires sur tous les sites et pour toutes les tâches. Elles deviennent nécessaires lorsque l’évaluation des risques démontre qu’un risque pour les pieds subsiste malgré les mesures de protection collective. Cette analyse doit s’inscrire dans le document unique d’évaluation des risques professionnels, ou DUERP.

En application des principes généraux de prévention du Code du travail, l’employeur doit prioritairement supprimer le danger ou mettre en place une protection collective. Si les équipements de protection individuelle sont requis, il doit fournir gratuitement des équipements adaptés, conformes et maintenus en bon état. Les dispositions des articles R. 4323-95 et suivants du Code du travail encadrent notamment la fourniture, l’entretien et les conditions d’utilisation des EPI. Le produit mis à disposition doit aussi satisfaire aux exigences applicables du règlement européen relatif aux équipements de protection individuelle, notamment par le marquage CE et la documentation du fabricant.

Concrètement, l’employeur doit :

  1. évaluer les risques selon les postes, les zones et les phases de chantier ;
  2. définir le niveau de protection requis dans les consignes et, si besoin, dans le plan de prévention ou le PPSPS ;
  3. fournir une pointure et un modèle compatibles avec la morphologie et les contraintes du salarié ;
  4. informer les travailleurs sur les limites d’utilisation, l’entretien et le remplacement ;
  5. organiser le suivi des équipements endommagés ou arrivés en fin de vie.

Le salarié doit porter l’équipement imposé, respecter les consignes reçues, signaler une dégradation et ne pas modifier la chaussure. Retirer une semelle certifiée, percer la tige, découper un renfort ou utiliser une semelle intérieure non validée par le fabricant peut compromettre la protection et le confort. L’obligation de chacun de prendre soin de sa santé et de sa sécurité, ainsi que de celle des autres personnes concernées par ses actes, est rappelée par l’article L. 4122-1 du Code du travail.

Pour vérifier les textes applicables et leurs mises à jour, il est utile de consulter directement le Code du travail sur Légifrance. En cas de doute sur un risque particulier, le service de prévention et de santé au travail, le préventeur ou le fabricant peuvent aider à qualifier le niveau de protection nécessaire.

Comment choisir des chaussures de sécurité adaptées

Le choix ne doit pas reposer uniquement sur la catégorie S1 ou S3 inscrite sur la fiche produit. Deux chaussures de même catégorie peuvent avoir des niveaux de confort, de résistance, d’adhérence et de durabilité très différents. Une sélection fiable suit une méthode simple.

  1. Recenser les risques réels. Examiner le sol, les matériaux, les charges, l’eau, les huiles, les températures, les déplacements et les phases exceptionnelles de travail.
  2. Définir les performances minimales. Par exemple : embout EN ISO 20345, anti-perforation PS, adhérence SR, protection contre l’eau WR ou isolation CI.
  3. Choisir le format. Une chaussure basse est souvent plus légère et souple ; une chaussure montante peut mieux maintenir la cheville et limiter les entrées de gravats, sans prévenir à elle seule toutes les entorses.
  4. Vérifier l’ajustement. Les orteils ne doivent pas toucher l’embout en marche ou en descente. Le talon doit rester maintenu, sans frottement excessif, et le cou-de-pied ne doit pas être comprimé.
  5. Tester en condition réelle. Une marche de quelques minutes en magasin ne remplace pas un essai sur une journée de travail, avec les chaussettes habituelles et les gestes du métier.
  6. Contrôler la traçabilité. Vérifier le marquage CE, la norme exacte, les symboles de performance, les instructions du fabricant et la disponibilité des pointures.

Le matériau de l’embout mérite également attention. L’acier est robuste et souvent économique, mais peut augmenter le poids et transmettre davantage le froid. Le composite est plus léger, non métallique et souvent apprécié pour les passages sous portiques ou les travaux au froid ; son volume peut toutefois varier selon les modèles. La conformité à la norme et la qualité de l’ajustement priment sur le matériau seul.

Enfin, les semelles orthopédiques ou de confort doivent être traitées avec prudence. Si la chaussure est livrée avec une semelle intérieure spécifique, son remplacement peut modifier le chaussant ou les propriétés testées. Il est préférable de demander au fabricant quelles semelles sont compatibles, particulièrement lorsque le salarié bénéficie d’un aménagement médical.

Prix, durée de vie et coût réel d’une paire

Le prix d’une chaussure de sécurité varie selon la catégorie, les matériaux, la membrane, la qualité de la semelle, la résistance à l’abrasion et la spécialisation du modèle. À titre indicatif, une paire S1P ou S1PS d’entrée de gamme se situe souvent entre 35 et 70 euros. Une chaussure S3 ou S3S robuste pour le gros œuvre coûte fréquemment entre 60 et 130 euros. Les modèles très imperméables, isolants, techniques ou conçus pour des contraintes spécifiques peuvent dépasser 150 euros.

Le bon critère n’est pas le prix d’achat isolé, mais le coût d’usage. Une paire peu chère qui se décolle rapidement, provoque des douleurs ou perd son adhérence doit être remplacée plus tôt et peut conduire à un refus de port. À l’inverse, un modèle durable mais inadapté à un travail en intérieur chaud sera peu porté. En général, la durée de vie peut aller de quelques mois à plus d’un an selon l’intensité d’utilisation, l’humidité, l’abrasion, le poids porté et la qualité de l’entretien. Il faut toujours respecter les indications du fabricant plutôt que d’appliquer une échéance unique à tous les modèles.

Entretien, contrôle et remplacement des chaussures

Une chaussure de sécurité conserve ses performances seulement si elle reste en bon état. Un contrôle visuel rapide avant la prise de poste permet de détecter les défauts les plus importants : semelle décollée, crampons lissés, tige coupée, lacet défectueux, couture ouverte, perforation, fissure de la coque ou odeur anormale liée à une humidité persistante.

  • Retirer régulièrement la boue, les gravats et les résidus de ciment qui accélèrent l’usure de la semelle.
  • Laisser sécher les chaussures dans un endroit ventilé, loin d’une source de chaleur directe qui peut durcir ou déformer les matériaux.
  • Entretenir le cuir avec un produit compatible recommandé par le fabricant, sans saturer les membranes imperméables.
  • Vérifier l’état de la semelle extérieure : une perte de crampons réduit l’adhérence même si la tige paraît intacte.
  • Remplacer immédiatement la paire après un écrasement important, une perforation, une coupure profonde, un décollement structurel ou une perte manifeste de maintien.

Une coque qui a subi un choc violent peut présenter une déformation interne difficile à voir. Dans le doute, la chaussure doit être écartée du service. Il en va de même pour une semelle anti-perforation percée : la protection ne peut pas être considérée comme intacte parce que l’extérieur semble encore utilisable.

FAQ

Les chaussures de sécurité sont-elles obligatoires sur tous les chantiers ?

Pas automatiquement. Elles sont obligatoires lorsque l’évaluation des risques du chantier identifie un danger pour les pieds qui ne peut pas être suffisamment supprimé par d’autres mesures. Dans les métiers du BTP, elles sont très souvent exigées en raison des risques de chutes d’objets, de perforation, de glissade et d’écrasement.

Quelle est la différence entre des chaussures S1P et S3 ?

Une chaussure S1P est généralement conçue pour un environnement sec et associe un embout de sécurité à une semelle anti-perforation. Une S3 ajoute habituellement une meilleure résistance de la tige à l’eau ainsi qu’une semelle à crampons, ce qui la rend plus adaptée aux chantiers extérieurs ou humides. Les marquages S1PL, S1PS, S3L et S3S relèvent de la nomenclature plus récente et précisent notamment le niveau de résistance à la perforation.

Une chaussure S3 est-elle complètement étanche ?

Non, pas nécessairement. La catégorie S3 indique notamment une résistance de la tige à la pénétration et à l’absorption d’eau, mais elle ne garantit pas une étanchéité totale lors d’une immersion prolongée ou d’un travail fréquent dans l’eau. Pour ce besoin, il faut rechercher un marquage WR et vérifier les limites d’usage indiquées par le fabricant.

Les chaussures à coque composite protègent-elles autant que les modèles à coque acier ?

Si elles sont toutes deux certifiées EN ISO 20345, les chaussures à coque acier et à coque composite répondent aux exigences de protection de l’embout prévues par la norme. Le choix dépend surtout du poids, du confort, de l’environnement thermique, des contraintes de détection métallique et de la qualité générale du modèle.

Peut-on porter ses propres chaussures de sécurité sur un chantier ?

Cela dépend des règles de l’entreprise et de la conformité du modèle avec les risques du poste. L’employeur reste responsable de la prévention et doit s’assurer que l’équipement est adapté, conforme et en bon état. Une paire personnelle non vérifiée peut ne pas répondre aux exigences définies pour le chantier.

Quand faut-il remplacer des chaussures de sécurité ?

Il faut les remplacer dès qu’une fonction de protection est compromise : semelle percée ou fortement usée, coque ayant subi un choc important, tige coupée, décollement, perte d’adhérence, défaut de maintien ou infiltration répétée sur un modèle censé résister à l’eau. Il ne faut pas attendre que la chaussure devienne totalement inutilisable.

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