Santé & Bien-être

Comment prendre soin des phasmes exotiques, ces insectes mimétiques

10 min de lecture ·Mis à jour le 7 décembre 2024 ·Par la rédac WTRNS
Comment prendre soin des phasmes exotiques, ces insectes mimétiques

Prendre soin des phasmes exotiques, ces insectes mimétiques, ne consiste pas seulement à déposer quelques branches dans un aquarium. Leur santé dépend d’un équilibre précis entre espace vertical, feuillage adapté à l’espèce, humidité maîtrisée, ventilation et tranquillité pendant les mues. Bien préparé, leur élevage est accessible, fascinant à observer et peu bruyant ; improvisé, il peut conduire à des chutes, des moisissures, des refus alimentaires ou des mues incomplètes.

Comprendre les besoins des phasmes exotiques

Les phasmes sont des insectes herbivores de l’ordre des Phasmatodea. Leur camouflage imite une brindille, une feuille sèche ou parfois une écorce. Cette discrétion est une stratégie de défense : un phasme immobile peut être difficile à repérer, mais cela ne signifie pas qu’il soit robuste face aux erreurs d’élevage.

La majorité des espèces maintenues en captivité vivent en hauteur, se nourrissent de feuilles fraîches et effectuent plusieurs mues avant l’âge adulte. Lors d’une mue, l’insecte se suspend tête en bas et sort lentement de son ancienne cuticule. Il doit disposer d’une hauteur libre suffisante et d’un environnement stable. Une chute ou une manipulation à ce moment peut laisser des pattes ou des ailes déformées de façon irréversible.

Les besoins changent selon l’espèce, l’âge et le stade de développement. Il n’existe donc pas une température ou une plante alimentaire universelle. Avant tout achat, il faut obtenir le nom scientifique exact de l’animal, connaître son régime et vérifier que les conditions proposées correspondent à cette espèce.

Choisir une espèce adaptée à son expérience

Le mot « exotique » ne veut pas dire automatiquement « difficile ». Certaines espèces tropicales élevées depuis longtemps sont tolérantes et se reproduisent facilement, alors que d’autres exigent un feuillage rare, un cycle saisonnier ou des réglages environnementaux plus fins. Pour débuter, privilégiez une espèce née en captivité, bien identifiée et dont la nourriture est disponible près de chez vous toute l’année.

Espèce adaptée à un débutant

Un phasme couramment élevé, tel que Carausius morosus ou Medauroidea extradentata, accepte souvent les ronces non traitées et tolère généralement une température intérieure modérée. Son élevage reste exigeant sur la qualité des feuilles et les mues, mais il est plus simple à stabiliser.

Espèce plus exigeante

Les espèces aux besoins très spécialisés, de grande taille, à coloration délicate ou dépendantes d’eucalyptus, de chêne, de salal ou d’un autre feuillage spécifique demandent une préparation plus poussée. Elles conviennent mieux lorsque l’approvisionnement alimentaire et les paramètres du terrarium sont déjà maîtrisés.

Exemple d'espèceNiveau indicatifFeuillage souvent acceptéConditions généralement recherchées
Carausius morosusDébutantRonce, rosier, parfois lierre selon les souchesEnviron 18 à 24 °C, humidité modérée et ventilation soutenue
Medauroidea extradentataDébutant à intermédiaireRonce, rosier, chêne selon disponibilitéEnviron 20 à 26 °C, léger apport d'humidité sans air confiné
Extatosoma tiaratumIntermédiaireRonce, rosier, eucalyptus selon l'élevageTempérature douce à chaude, bonne hauteur et hygrométrie contrôlée
Espèce rare ou récemment importéeAvancéTrès variableParamètres et cycle à suivre à partir de sources spécialisées fiables

Ces valeurs sont des repères, non une fiche d’élevage exhaustive. Une même espèce peut provenir de souches élevées dans des conditions légèrement différentes. La fiche fournie par l’éleveur d’origine doit toujours primer lorsqu’elle est précise, cohérente et documentée.

Installer un terrarium sûr et bien ventilé

Un terrarium en verre, en plastique rigide ou une cage en maille fine peut convenir, à condition qu’il soit sécurisé, facile à nettoyer et doté d’aérations hautes et latérales. Un aquarium fermé par un couvercle presque étanche est rarement idéal : l’air y stagne et la condensation s’accumule.

La hauteur intérieure doit être d’au moins trois fois la longueur du corps du plus grand phasme, et davantage pour les espèces ailées ou de grande taille. La largeur doit permettre de placer plusieurs branches sans que les insectes soient constamment en contact les uns avec les autres. Pour un petit groupe d’espèces communes, un terrarium vertical d’environ 30 × 30 × 45 cm peut être une base, mais les adultes de grande taille nécessitent nettement plus de volume.

Le matériel réellement utile

  • Un terrarium vertical muni d’un couvercle parfaitement fermé : les phasmes grimpent et certains sont capables de passer par de petites ouvertures.
  • Des branches propres et solides, installées verticalement ou en diagonale, pour offrir des points d’accroche pendant les mues.
  • Du papier absorbant ou un essuie-tout non parfumé au fond, plus hygiénique et plus simple à remplacer qu’un substrat de terre.
  • Un récipient étroit pour maintenir les tiges de feuillage dans l’eau, fermé par une mousse, un couvercle percé ou un papier aluminium serré afin d’éviter les noyades.
  • Un thermomètre et, si l’espèce y est sensible, un hygromètre. Les relevés doivent servir à ajuster les conditions, pas à pulvériser mécaniquement.

Évitez le sable décoratif, les copeaux odorants, les huiles essentielles, les plantes traitées et les objets coupants. Les jeunes nymphes peuvent se coincer dans certains maillages grossiers ou tomber dans un récipient d’eau ouvert. La simplicité est souvent la solution la plus sûre.

Régler la température, l'humidité et l'éclairage

La plupart des phasmes communs se maintiennent bien dans une pièce stable comprise, selon l’espèce, entre environ 18 et 26 °C. Les températures trop basses ralentissent l’activité et la croissance ; une chaleur excessive, surtout dans un terrarium exposé au soleil, peut être rapidement mortelle. Ne placez jamais le bac derrière une vitre en plein soleil, près d’un radiateur ou sous une lampe chauffante non régulée.

Si un chauffage est nécessaire, utilisez un équipement externe contrôlé par thermostat et créez un léger gradient thermique plutôt qu’une chaleur uniforme. Le terrarium ne doit pas être chauffé « au hasard » : une surchauffe de quelques heures est plus dangereuse qu’une température légèrement fraîche mais stable.

L’humidité dépend fortement de l’espèce. Une pulvérisation légère sur les parois et le feuillage peut être utile, souvent le soir, mais elle ne doit pas transformer le terrarium en milieu détrempé. Laissez sécher partiellement entre deux apports et observez les signes concrets : condensation permanente, odeur de renfermé, moisissures ou feuilles noircissantes indiquent un excès d’humidité ou un manque d’aération.

Un cycle jour-nuit naturel, sans soleil direct, suffit en général. Les phasmes n’ont pas besoin d’une lampe UVB comme certains reptiles. Un éclairage de pièce modéré facilite surtout l’observation et le maintien d’un rythme régulier.

Nourrir correctement ses phasmes

Les phasmes mangent principalement des feuilles, et non des fruits, des légumes ou des aliments pour animaux. Le feuillage doit être frais, non traité et parfaitement identifié. Les ronces sont pratiques pour de nombreuses espèces, car elles restent vertes plusieurs jours dans l’eau, mais elles ne conviennent pas à toutes. Certaines espèces consomment aussi du chêne, du rosier, du noisetier, du hêtre, de l’eucalyptus ou du lierre : ne proposez une plante qu’après avoir vérifié sa compatibilité avec l’espèce élevée.

Préparer le feuillage sans risque

  1. Récoltez loin des routes très fréquentées, des jardins traités, des vergers pulvérisés et des zones fréquentées par les chiens.
  2. Choisissez des feuilles saines, sans pucerons abondants, traces de pesticides, champignons ou poussières grasses.
  3. Rincez délicatement si nécessaire, puis laissez égoutter : les feuilles ne doivent pas être couvertes d’eau stagnante.
  4. Recoupez les tiges et placez-les dans de l’eau protégée, hors d’accès des insectes.
  5. Remplacez le feuillage dès qu’il fane, sèche, moisit ou n’est plus consommé, en général tous les deux à quatre jours selon la saison.

Les jeunes phasmes peuvent refuser une plante pourtant consommée par les adultes. Pour les aider, placez les feuilles de façon à ce qu’elles touchent leurs pattes ou leur zone de repos, sans les forcer. Un refus alimentaire après une arrivée peut aussi être lié au stress, à une plante inconnue, à une mue proche ou à une température inadaptée. Ne changez pas tous les paramètres d’un coup : modifiez un seul élément et observez.

Gérer les mues, la reproduction et les œufs

Avant une mue, un phasme peut rester immobile, manger moins et chercher un point élevé. Lorsqu’il pend, ne le déplacez pas, ne vaporisez pas directement sur lui et ne tentez pas de « l’aider » à sortir de sa peau. Une mue peut durer plusieurs heures ; l’insecte a ensuite besoin de temps pour durcir son nouveau tégument et, chez les espèces ailées, déployer correctement ses ailes.

Une mue ratée peut être liée à une chute, au manque de hauteur, à une déshydratation, à une ventilation insuffisante ou simplement à une fragilité individuelle. Un phasme dont une patte est légèrement abîmée peut parfois vivre correctement, mais un adulte aux pattes gravement déformées ou incapable de s’alimenter demande un avis auprès d’un éleveur expérimenté ou d’un vétérinaire compétent en animaux non domestiques.

Chez plusieurs espèces, les femelles peuvent produire des œufs sans mâle : c’est la parthénogenèse. Il ne faut donc jamais supposer qu’un groupe exclusivement femelle empêchera la reproduction. Ramassez les œufs lors du nettoyage, identifiez-les et renseignez-vous sur leur incubation spécifique. Certaines espèces les laissent tomber au sol, d’autres les collent aux surfaces. Un excès d’humidité peut faire moisir les œufs ; une incubation trop sèche peut aussi compromettre le développement selon l’espèce.

Manipuler et entretenir sans mettre les insectes en danger

Les phasmes ne nécessitent pas d’être manipulés pour être apprivoisés. L’observation est préférable. Si une manipulation est indispensable, laissez l’insecte monter de lui-même sur votre main ou sur une branche, maintenez vos mains près d’une table et évitez les gestes brusques. Ne saisissez jamais un phasme par une patte, une aile, l’abdomen ou le thorax.

Certains phasmes se défendent en se laissant tomber, en pinçant légèrement ou, plus rarement, en projetant une sécrétion irritante. Renseignez-vous sur l’espèce avant de la manipuler, tenez les animaux éloignés des yeux et lavez-vous les mains après contact avec les insectes ou les branches.

Routine d'entretien conseillée

  • Chaque jour : vérifiez la fermeture du terrarium, l’état du feuillage, l’activité des insectes et l’absence de condensation anormale.
  • Tous les deux à quatre jours : renouvelez les branches, l’eau protégée et le papier de fond si nécessaire.
  • Chaque semaine : nettoyez les surfaces souillées à l’eau chaude, sans détergent parfumé ni produit insecticide, puis laissez sécher.
  • À chaque mue ou mortalité inhabituelle : notez la date, le stade, la température et l’état du terrarium pour identifier une éventuelle cause récurrente.

Acheter des phasmes de manière responsable

Préparez l’installation et le feuillage avant l’arrivée des animaux. Un éleveur sérieux doit pouvoir fournir le nom scientifique, l’âge ou le stade approximatif, la plante alimentaire utilisée, les conditions de maintien et, idéalement, l’origine captive de la souche. Méfiez-vous des annonces indiquant seulement « phasme exotique », des animaux sauvages présentés comme des animaux de compagnie et des vendeurs incapables de préciser l’espèce.

En général, une jeune nymphe d’espèce commune coûte environ 2 à 10 euros, un adulte souvent entre 10 et 25 euros, tandis que certaines espèces rares peuvent être bien plus chères. Le budget principal est toutefois le matériel : comptez couramment environ 40 à 120 euros pour un terrarium correct, les outils de contrôle et les premiers accessoires, davantage pour une grande espèce ou une installation sur mesure.

N’achetez pas un nombre excessif d’individus : les éclosions peuvent rapidement multiplier les effectifs. Anticipez les séparations, les échanges encadrés avec d’autres éleveurs et la capacité réelle à fournir du feuillage toute l’année.

Respecter la réglementation et éviter les lâchers

En France, la détention d’animaux d’espèces non domestiques est encadrée, notamment par l’arrêté du 8 octobre 2018. Les obligations varient selon l’espèce, son statut de protection, son éventuelle inscription aux annexes CITES ou à d’autres réglementations, ainsi que le nombre d’animaux détenus. La plupart des phasmes d’élevage courants ne relèvent pas nécessairement d’une autorisation individuelle, mais il serait imprudent de le présumer pour toute espèce.

Avant d’acheter une espèce peu commune, vérifiez son statut auprès de la DDETSPP de votre département et consultez les sources officielles dédiées au commerce des espèces protégées, comme Species+. Conservez facture, nom scientifique, coordonnées du vendeur et toute preuve d’origine légale. Les règles peuvent aussi différer si vous achetez à l’étranger, vendez des animaux ou les transportez.

Ne relâchez jamais un phasme, ses œufs ou des déchets d’élevage dans la nature. Même un animal apparemment incapable de survivre peut transporter des œufs, des parasites ou constituer un risque pour les écosystèmes. En cas d’arrêt d’élevage, contactez un éleveur compétent, une association spécialisée ou le vendeur.

FAQ

Quelle taille de terrarium faut-il pour des phasmes ?

Prévoyez au minimum une hauteur équivalente à trois fois la longueur du plus grand individu, avec davantage d’espace pour les espèces grandes ou ailées. La hauteur est essentielle pour permettre une mue complète sans toucher le sol.

Faut-il vaporiser les phasmes tous les jours ?

Pas systématiquement. La fréquence dépend de l’espèce, de la température et de la ventilation. Pulvérisez légèrement lorsque l’environnement est trop sec, mais évitez la condensation permanente et ne pulvérisez pas directement un animal en mue.

Les phasmes peuvent-ils manger des feuilles de ronce toute l'année ?

Pour beaucoup d’espèces courantes, les ronces constituent une base pratique, y compris en hiver lorsqu’elles restent vertes. Toutefois, elles doivent être non traitées et l’espèce doit les accepter. Vérifiez toujours le régime alimentaire spécifique avant de les utiliser comme aliment unique.

Pourquoi mon phasme ne mange-t-il plus ?

Une baisse d’appétit peut annoncer une mue, mais elle peut aussi provenir d’un feuillage inadapté, d’un changement récent, d’un stress, d’une température incorrecte ou de feuilles contaminées. Contrôlez d’abord l’identification de la plante et les paramètres du terrarium.

Peut-on mettre plusieurs espèces de phasmes dans le même terrarium ?

C’est déconseillé, surtout au début. Les besoins de température, d’humidité et de nourriture peuvent différer, les œufs deviennent difficiles à identifier et les jeunes peuvent être fragiles. Un élevage mono-espèce est plus simple à surveiller et à gérer.

Les phasmes ont-ils besoin d'une gamelle d'eau ?

Non. Une coupelle d’eau représente un risque de noyade, particulièrement pour les jeunes nymphes. Les phasmes s’hydratent principalement grâce aux feuilles et aux fines gouttelettes présentes sur le feuillage ou les parois, selon les besoins de l’espèce.

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